Acheter, garder, louer ou revendre un bien à Marrakech : à chaque étape correspond une taxe différente, et la plupart des acheteurs découvrent la facture complète après coup. Entre les droits d’enregistrement à la signature, la taxe d’habitation chaque année, l’impôt sur les loyers si le bien est mis en location, et la taxe sur le profit immobilier à la revente, la fiscalité peut représenter une part significative de la rentabilité réelle d’un investissement. Voici le détail, poste par poste, avec les taux en vigueur en 2026.
À l’achat : droits d’enregistrement et frais de notaire
Le premier poste de dépense fiscale intervient dès la signature. Les droits d’enregistrement s’élèvent à 4 % du prix de vente ou de la valeur déclarée pour un bien construit (appartement, villa, local). Ils s’ajoutent aux frais de conservation foncière (1 % à 1,5 %) et aux honoraires du notaire (1 % à 1,5 %), réglementés par la profession.
Au total, le budget “frais d’acquisition” représente couramment 6 à 8 % du prix de vente — un chiffre à intégrer systématiquement dans le calcul de rentabilité, car il réduit d’autant la performance des premières années.
Un acheteur qui budgète uniquement le prix affiché du bien se trompe presque toujours de 6 à 8 points sur son enveloppe réelle.
4 %
Droits d'enregistrement
Sur le prix de vente ou la valeur déclarée
1–1,5 %
Honoraires du notaire
Tarif réglementé par la profession
6–8 %
Total frais d'acquisition
À budgéter en plus du prix affiché
Deux mesures 2026 changent la donne pour certains profils :
Exonération primo-accédant
Droits d'enregistrement supprimés jusqu'à 400 000 MAD, puis réduits à 3 % entre 400 001 et 1 000 000 MAD, pour l'achat d'une résidence principale. Applicable une seule fois, hors investissement locatif.
Pénalité sur les paiements en espèces
+2 % de majoration sur tout règlement non traçable au-delà de 300 000 MAD (CGI 2026). Le virement bancaire évite cette majoration.

Pendant la détention : taxe d’habitation et taxe de services communaux
Une fois propriétaire, deux taxes locales annuelles s’appliquent : la Taxe d’Habitation (TH) et la Taxe de Services Communaux (TSC), régies par la loi 47-06. La TH est assise sur la valeur locative cadastrale du bien, avec un abattement de 75 % pour une résidence principale. La TSC s’applique au taux uniforme de 10,5 % en zone urbaine (6,5 % en zone périphérique).
Ensemble, ces deux taxes représentent entre 1 200 et 15 000 MAD par an selon la surface, la ville et l’usage du bien. Le paiement est dû chaque année au plus tard le 1er juin. Plusieurs exonérations existent, notamment pour les primo-accédants pendant 5 ans à compter de l’achèvement du bien, ou pour les propriétaires de plus de 75 ans à revenus modestes.
1 200–15 000 MAD
TH + TSC par an
Selon surface, ville et usage du bien
10,5 %
Taux TSC en zone urbaine
6,5 % en zone périphérique
Si vous louez : l’impôt sur les revenus locatifs
Pour un propriétaire — résident ou non, y compris les MRE — qui met son bien en location, les loyers perçus sont imposables au Maroc. Le régime applicable aux locations non meublées prévoit un abattement automatique de 40 % sur les revenus bruts, sans justificatif de charges à produire. La base imposable devient donc 60 % du loyer encaissé.
En dessous de 30 000 MAD de revenus locatifs bruts par an, l’exonération est totale. Au-delà, le contribuable choisit entre le barème progressif de l’IR après abattement, ou un taux libératoire : 10 % si le revenu brut annuel est inférieur à 120 000 MAD, 15 % au-delà, ou 20 % sur option avec retenue à la source. Depuis la loi de finances 2026, une retenue à la source de 5 % est opérée par les locataires professionnels.
40 %
Abattement automatique
Sur les revenus locatifs bruts, sans justificatif
< 30 000 MAD
Exonération totale
De revenus locatifs bruts par an
10–20 %
Taux libératoire
Selon le revenu annuel brut
Pour un propriétaire fiscalement domicilié en France, en Belgique ou en Espagne, la convention fiscale applicable détermine comment ce revenu foncier marocain est traité dans le pays de résidence — un point à vérifier avec un conseiller fiscal avant toute déclaration.

À la revente : la Taxe sur le Profit Immobilier (TPI)
Dernière étape, souvent sous-estimée : la revente. La Taxe sur le Profit Immobilier (TPI) s’applique au taux uniformisé de 20 % sur la plus-value nette réalisée, avec un minimum de perception de 3 % du prix de cession même en l’absence de plus-value démontrable.
Le calcul se fait sur l’écart entre le prix de cession et le prix d’acquisition réévalué selon des coefficients officiels. Contrairement à une idée répandue, cette taxe s’applique à tout cédant, marocain ou étranger, dès lors que le bien est situé sur le territoire marocain. Une exonération totale existe pour la résidence principale détenue depuis plus de 5 ans.
20 %
Taux de la TPI
Sur la plus-value nette réalisée
3 %
Minimum de perception
Même sans plus-value démontrable
30 jours
Délai de paiement
Après signature de l'acte de vente
Le paiement intervient dans un délai de 30 jours après la signature de l’acte de vente authentique ; c’est généralement le notaire qui collecte la taxe et la reverse à l’administration fiscale, ce qui sécurise la transaction pour l’acheteur comme pour le vendeur.

Ce qu’il faut retenir
La fiscalité immobilière marocaine n’est pas conçue pour décourager l’investissement, mais elle mérite d’être budgétée avec la même rigueur que le prix d’achat. Trois réflexes avant tout projet à Marrakech :
Checklist avant d'investir
- 1Provisionner 6 à 8 % de frais d'acquisition en plus du prix affiché, et vérifier une éventuelle exonération primo-accédant.
- 2Anticiper l'IR sur les loyers si le bien est destiné à la location, en tenant compte de l'abattement de 40 % et des seuils de taux libératoire.
- 3Garder trace du prix d'acquisition réévalué dès l'achat, pour calculer correctement la TPI le jour de la revente.
Un investissement mal préparé fiscalement reste rentable sur le papier et décevant sur le relevé bancaire. La fiscalité n’est pas un détail administratif : c’est une ligne de calcul à part entière.
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Avis de non-responsabilité : Cet article est une analyse éditoriale et ne constitue pas un conseil financier, juridique ou fiscal. Toute décision d'investissement doit être précédée d'une consultation auprès de professionnels qualifiés.
Sources et références
- Masaken — Frais de notaire au Maroc 2026
- Atlas Immobilier — Frais d'acquisition d'un bien immobilier au Maroc 2026
- Atlas Immobilier — TPI au Maroc : comprendre la taxe sur la plus-value
- Upsilon Consulting — Revenus fonciers Maroc : IR locatif, abattement 40 % et taux libératoires 2026
- Wafir — Taxe d'Habitation Maroc 2026 (TH+TSC)



