Le premier document qu’un acheteur signe à Marrakech n’est ni l’acte définitif ni le prêt : c’est un compromis ou une promesse de vente, souvent accompagné d’un acompte. C’est aussi là que l’on perd le plus d’argent par simple mauvaise rédaction. Ce guide compare les deux outils, détaille ce que les guides de 2026 recommandent pour l’acompte et les conditions suspensives, et signale les points sur lesquels ils se contredisent.
Compromis ou promesse : deux engagements différents
Les quatre sources consultées s’accordent sur la définition. Le compromis est un engagement réciproque (« synallagmatique ») : vendeur et acheteur s’obligent à conclure la vente. La promesse unilatérale n’engage que le vendeur, qui s’oblige à vendre à un prix fixé pendant un délai ; l’acheteur garde une option qu’il lève ou non.
La différence se paie. Selon Wafir, l’acheteur d’une promesse verse une indemnité d’immobilisation de 10 à 15 % du prix, que le vendeur conserve s’il renonce. Ce taux n’est pas sourcé par le site, et Captain.Legal comme ReaConsult ne donnent aucun montant : traitez-le comme un ordre de grandeur de marché, pas comme une règle. Autre point commun à retenir : ReaConsult signale que beaucoup d’actes intitulés « promesse » contiennent en réalité des engagements réciproques. Le titre du document ne décide pas de sa nature, ses clauses oui.
La forme : le point sur lequel les guides divergent
C’est la vraie zone de risque. Captain.Legal (3 juin 2026) indique qu’une promesse sous seing privé est nulle et exige un acte authentique (notaire ou adoul) ou un acte à date certaine rédigé par un avocat agréé près la Cour de cassation. Wafir (16 mai 2026) ne parle pas de la forme du tout et décrit un compromis rapide, rédigé en un à trois jours.
Notre analyse de la loi 41.25 sur l’acte authentique est plus stricte : la forme authentique est exigée pour la promesse de vente, et l’option de l’avocat agréé a été refermée en juillet 2026. Les sources ne s’accordent donc pas, et un guide antérieur à cette réforme peut être périmé. La règle pratique ne change pas : ne versez rien avant qu’un notaire ou un adoul ait reçu l’acte, et demandez-lui de confirmer la forme exigée pour votre bien.
Un acompte versé contre un simple reçu d’agence est la situation la plus difficile à récupérer. Wafir évoque 6 à 24 mois de procédure si le vendeur a encaissé directement.
L’acompte : montants courants, pas de taux légal
Selon LesMRE, l’acompte standard est de 10 % du prix (120 000 DH pour 1,2 million), mais sa FAQ parle de 10 à 30 % et précise qu’aucun montant n’est fixé par la loi. Wafir donne 5 à 10 %. Les trois recommandent un séquestre chez le notaire plutôt qu’un versement au vendeur ou à l’agent.
- La vente se conclut : l’acompte s’impute sur le prix.
- L’acheteur se rétracte sans motif valable : il perd l’acompte (LesMRE, Wafir).
- Le vendeur se rétracte : il restitue le double, si la clause pénale le prévoit expressément (LesMRE, Wafir). LesMRE rattache ces clauses aux articles 263 à 270 du Code des obligations et contrats.
- Une condition suspensive échoue : l’acompte est restitué intégralement, sans pénalité.
Pour les paiements, ne dépassez pas les seuils d’espèces : voir le plafond de paiement en espèces et la traçabilité des paiements. Wafir cite 30 000 MAD en rattachant ce plafond à la loi 43-05.
Les conditions suspensives qui protègent vraiment
Une condition suspensive est une clause qui suspend l’engagement à un événement précis. Les sources en listent plusieurs :
- Obtention du prêt, avec montant minimum, taux maximum et délai (30 à 90 jours selon les pages). Voir le crédit immobilier pour étrangers et MRE.
- Mainlevée d’une hypothèque ou absence de saisie : un bien grevé bloque la vente.
- Purge d’un droit de préemption, le cas échéant.
- Permis d’habiter conforme, ou permis obtenu dans le délai pour un bien en construction.
- Pour un MRE : une clause couvrant les délais de transfert international (LesMRE).
Chaque condition doit avoir son propre délai, relève Captain.Legal, qui note aussi qu’un délai d’option trop court peut faire échouer une vente par ailleurs saine. Pour un programme neuf, un compromis classique est jugé inadapté : voir l’échéancier légal de la VEFA.
Délais, frais et cas de défaillance du vendeur
Les délais varient : 60 à 90 jours entre compromis et acte, prorogeables de 30 (Wafir), contre 1 à 3 mois (LesMRE, dont la FAQ dit 2 à 4). Captain.Legal mentionne une pratique de 45 à 90 jours pour l’option, sans fondement juridique cité. Pour la rédaction, Wafir annonce 800 à 2 500 MAD chez le notaire et LesMRE 500 à 2 000 DH ; chez un avocat, Wafir indique 1 500 à 5 000 MAD hors taxes. Ces fourchettes sont indicatives : demandez un devis.
Si le vendeur ne signe jamais, ReaConsult cite l’arrêt n° 4428 de la Cour d’appel de commerce de Casablanca (11 juillet 2023) : promesse signée en 2012, mise en demeure en 2022, résolution judiciaire et restitution intégrale de 2,61 millions MAD avec dommages-intérêts. Le raisonnement s’appuie sur les articles 255 et 259 du DOC. Retenez-en l’enseignement pratique : fixez un délai précis et une clause de restitution « sous X jours », car sans délai, il faut une mise en demeure puis une procédure. Pour sécuriser la période d’attente, voir la prénotation sur le titre foncier.
Checklist avant de signer
- Faites recevoir l’acte par un notaire ou un adoul et confirmez la forme exigée pour ce bien.
- Vérifiez que l’acte est bien qualifié : compromis (engagement réciproque) ou promesse (option), acompte ou indemnité.
- Versez l’acompte sur un compte séquestre, jamais en espèces au vendeur ou à l’agent.
- Inscrivez les conditions suspensives : prêt, mainlevée, permis, préemption, chacune avec un délai.
- Écrivez la clause pénale et la restitution en cas de défaillance du vendeur, avec un délai.
- Fixez la date limite de l’acte définitif et une clause de résolution si elle est dépassée.
- Faites contrôler le titre foncier et l’état hypothécaire avant tout versement.
- Conservez la preuve du virement si vous êtes MRE ou étranger, pour un éventuel rapatriement.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un notaire ou d’un avocat. Les quatre sources sont des guides professionnels ou commerciaux, parfois contradictoires entre eux ; seuls les textes de loi et le notaire qui reçoit votre acte font foi.
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Sources et références
- Captain.Legal — Promesse de vente immobilière au Maroc : modèle (mis à jour le 3 juin 2026)
- ReaConsult — Compromis vs promesse de vente immobilière au Maroc (28 juillet 2026)
- LesMRE — Compromis et promesse de vente immobilière au Maroc (avril 2026)
- Wafir — Compromis vs promesse de vente au Maroc en 2026 (16 mai 2026)



